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Christian Jaccard
"Migrations saisonnières", exposition du 26 juin au 29 août 2010, à la chapelle Sainte Marie
1960-1970. La mise en oeuvre picturale s'effectue à partir de la confection d'outils de cordelettes nouées et appliquées sur des toiles libres parallèlement à l'appropriation du feu comme autre outil de marquage dont les combustions lentes ou fulgurantes s'inspirent des pratiques ancestrales de l'écobuage dites cultures sur brûlis; celles-ci consistaient à brûler herbes et forêts pour fertiliser le sol.
1973-1984. Artiste du processus du combustion les oeuvres sont calcinées par les mèches lentes combustibles qui altèrent la couleur et déstructurent les supports. Le recouvrement d'entrelacs se substitue aux noeuds.
1990. Christian Jaccard interroge l'usure du temps à travers ses outils et sa pratique. Les brûlis et les entrelacs se répondent en écho et trouvent leurs intrigues à travers leur érosion.
le concept supranodal
Préférant l'arrangement et la prolifération ornementales de formes hybrides ou vaguement déterminées par l'évolution d'un processus issu d'une pensée émancipatrice, la notion de concept supranodal s'est progressivement imposé pour caractériser une activité dont la vocation est la mise en oeuvre de structures diverses enrobées d'entrelacs dont les épaisseurs et leurs strates forment un habillage, une parure.
Cette pratique est liée à des préoccupations qui, dans les années 70 se rapportent à l'outil et au mobilier; l'un et l'autre façonnés de manière primitive et destinés à révéler leurs traces et à suggérer leurs formes singulières.
D'une façon générale, le concept supranodal rompt avec l'évolution suivie par la sculpture. Il est différent du point de vue de l'iconographie, de la technique, de la situation dans l'espace et des matériaux employés.
Il n'est pas construit sur des bases rigoureuses, mais constitué d'accumulations noueuses. Son volume peut varier et se réduire à des structures diverses (cônes, cadres présentés simultanément au mur et au sol, armatures de mobiliers domestiques recyclées, ou associé à des végétaux fondus en bronze où se greffent partiellement les entrelacs). Ses formes sont connotées, parfois anthropomorphiques, souvent baroques et irrationnelles et ses dimensions plus ou moins calculées. Son temps d'élaboration assez long, crée une dynamique. Son organe de maintien est rigide, rarement souple. Son matériau d'enrobage est mou, cotonneux, noué et durci par la peinture.
Enfin le concept supranodal est destiné par sa condition et son envahissement proliférant à susciter des interprétations diverses.
Sa répétitivité accumulée est quelque chose d'essentiel. Elle transforme le geste primaire en volume dont les courbes ne cessent de rebondir et de se multiplier. Les questions posées au-delà du faire ont un caractère métaphorique, quelque chose qui est proche d'une irruption, d'une dispersion, d'une dissémination, d'une phagocytose, d'un état rhizomique dont les flux sont identiques à ceux libérés par le feu et sa combustion.
MIGRATIONS SAISONNIÈRES s'inscrit dans l'esprit de l'exposition As a white dream/Comme un rêve blanc, présentée dans la Chapelle de la Vieille Charité à Marseille en 2004 où se jouait dans l'espace temps l'univers des pleins et des vides d'étranges sculptures faites de nouages blancs.
Le règne des noeuds et des entrelacs s'impose à Christian Jaccard qui les transforme à partir des rêves et des obsessions qu'il perçoit dans son environnement quotidien.
Christian Jaccard pense que l'univers ne peut s'abstraire des noeuds sous une forme ou sous une autre. Dès les années 70 il imagine qu'ils peuvent apparaître sous forme d'outillage primitif dont la fonction ne peut être définie d'une manière cohérente ou pertinente. Si l'art est une chose mentale les outils sont du même registre. Le fait de les nommer outils semble être déjà un signifiant. Présentés en ensembles ce sont des outils de pensée où l'imaginaire prend sa place.
L'exposition présente dans la chapelle Sainte Marie à Annonay deux ensembles d'outils qui convoquent l'écart et/ou la dérive de l'univers des noeuds et se juxtaposent à une oeuvre inédite: l'extinction du récif inspirée de la disparition de la barrière de corail qui sévit depuis quelques temps à proximité des côtes australiennes. Cet ensemble proliférant est la transposition autant que la métaphore fragmentaire d'une partie du monde aquatique en état de souffrance et de desséchement. Se greffent alors toutes sortes de rhizomes et d'extrapolations dont les accumulations et les enchevêtrements de boucles noeuds et entrelacs créent un environnement singulier dont il convient par ailleurs de penser de rêver la charge symbolique de cet état et de cette façon de faire nommé concept supranodal.
Salle de conférences du musée César Filhol, le 25 juin 2010 à 20 heures (ou Hôtel de Ville d'Annonay, même heure, en cas de mauvais temps):
lecture et projection de BLOC 14, tableau éphémère dans les anciennes cuisines de l'Hôpital Charles Foix à Ivry-sur-Seine.
Publication d'une estampe inédite, "Combustion avril 2010", éditée par le GAC Annonay.
Publication du livre d'artiste "Nuidité du feu" combustions de Christian Jaccard et texte de Jean Gabriel Cosculluela, aux éditions Jean-Pierre Huguet.
Parallèlement à MIGRATIONS SAISONNIÈRES La Galerie Bernard Ceysson à Saint-Etienne présente COMBUSTIONS (20 mai au 30 juillet 2010).